Un peu d'histoire : si c'est IAM qui révéla à l'hexagone l'existence d'une scène rap marseillaise avec son premier maxi officiel sorti en 1990, c'est la compilation Chroniques de Mars qui fit exploser la jeune génération de la « Planète Mars » en combinant les géants de la première génération de rimeurs sudistes avec la nouvelle école de la cité de Phocée. C'était en 1998, et la France découvrait la plume d'artistes tels que K-Rhyme Le Roi, Sista Micky et Costello. La Fonky Family y confirmait son statut de nouvelle équipe et le vétéran Faf Larage livrait une impitoyable combinaison avec son frère Shurik'n sur « La garde meurt mais ne se rend pas ».
Aux manettes de ce morceau d'histoire, Imhotep l'architecte d'IAM se partageait le travail avec DJ Rebel, DJ Djel, DJ Bomb et le reste du Squad marseillais, avec Faf en réalisateur artistique. Le label Kif Kif était derrière ce monument compilatoire qui connut un succès immédiat, avec des morceaux d'anthologie comme ce « Retour du Shit Squad » devenu un titre historique.
« Aujourd'hui Kif Kif n'existe plus, mais on a eu un disque d'or, et cet album reste dans les mémoires au niveau musical et rapologique dans l'histoire du rap marseillais » se souvient Imhotep en 2006 à la veille de la sortie d'une suite qu'on aura donc attendu huit ans, Chroniques 2 Mars 2.
Pourquoi une aussi longue attente ? Imhotep a ses raisons. « L'idée est venue des deux producteurs exécutifs, Lassad et François alias Kephren d'IAM. Mais ça correspondait à une vieille envie parce que si je m'étais écouté, des Chroniques de Mars, j'en aurais sorti un par an depuis 1998. Mais il y a deux logiques qui s'affrontent, la logique artistique et la logique commerciale. Moi-même, je ne peux pas prédire à quel moment va sortir un projet que j'ai commencé voilà quatre ans au niveau instrumental. Le marché a évolué. La fabrication et la distribution se sont pris une claque. On a mis deux ans entre les premières maquettes et la signature. On était des paysans, encore plus que Kamini à Marly-Gomont avec ses trois vaches dans le clip qui a fait deux millions sur Youtube. Nous, on n'a même pas Myspace ! »
Mais Imhotep a mieux que la technologie : des rues de Marseille pleines de rappers aspirants à la gloire, qui ne cessent de sortir sur mixtapes et compilations de rue des rimes saignantes, drôles, innovantes, techniques ou simplement brillantes. Désormais libéré de la lourde casquette de gestionnaire financier du défunt label Kif Kif, Imhotep alias Tonton se met en quête des nouveaux lyricistes marseillais qu'il veut combiner aux parrains de la rime. Cette fois, il est aux manettes sur toutes les productions, donnant à ses jeunes pousses du bon son à l'ancienne. « Je ne suis pas dans la surenchère technologique, on peut faire un son en 12 pistes qui frappe de la mort. Même avec quatre pistes, ça peut tuer ! Les mecs qui font tout chez eux avec leur ordinateur, je respecte. Mais moi, j'arrive du passé. On est toujours la old school de quelqu'un et la new school d'un autre ».
Les sessions se multiplient au Marabout Studio de Marseille, où sont effectuées les prises de voix. Les sons, eux, viennent tous du studio perso de Tonton. « Je ne peux pas faire défiler tout Marseille dans mon studio, qui est dans mon jardin. Mais quand on est disque d'or, j'invite tout le monde à la maison ! » lance Tonton avec un sourire. À l'écoute de ses rappers, Tonton place ça et là des effets sonores demandés par les artistes. Comme ce son de la boîte à rythme old school remise au goût du jour par Lil Jon, la TR 808, sur le duo Bouga/Cheb Aïssa « Aime-moi ce soir », un single potentiel. « Je n'ai rien contre les modes, et je prends ça comme un défi. Mon premier instru de hip hop, je l'ai fait avec la TR 808 ! Les artistes n'ont pas eu trop le choix des instrumentaux. Parfois je prenais une vieille boucle, je virais tous les arrangements, je créais une nouvelle basse et ça sonnait moderne ». Les jeunes qui sont venus poser en studio n'en étaient pas leur première session. Les artistes présents sur C2M2 ont en effet tous déjà participé à des street albums et des mixtapes, même les plus inconnus du grand public. Comme le résume sobrement Tonton, « le niveau est haut ». L'ambiance des enregistrements est détendue, teintée de respect mutuel. Presque trop. Tonton : « C'était moi qui étais intimidé tellement les mecs étaient respectueux ! Ils me demandaient parfois de rajouter des sons neufs de caisse claire. Moi qui ai eu mon premier sampler en 1988, 18 ans après les gars me disent d'écouter les nouveaux trucs, c'est stimulant ».
Les combinaisons s'enchaînent, les sons et les mots se mêlent avec harmonie. Le vétéran d'IAM, AKH, croise le mic' avec le jeune Mino sur « Emporté par l'élan » (« Peu de mots avec beaucoup d'impact », explique Lassad), la révélation marseillaise et militante alter mondialiste Keny Arkana rencontre L'Algérino sur « Face aux passions », titre d'une étonnante maturité, tandis que l'esprit comique marseillais fait son apparition sur le très galérien « Soirée foirée » de K-Ryme Le Roi, Karkan et Ben. La FF et les Psy4 sont cette fois les grands frères, apparaissant comme les aînés qui tendent le micro à des gloires de quartier en pleine ascension comme Mojo, Tonino, KX Andolini ou La Mèche. Le résultat ? Un album de gros calibre réalisé avec la liberté de ton d'une street tape, l'alliance inespérée de sons qui tuent et de lyrics à la fraîcheur certifiée.
Tonton a la conclusion. « J'aimerais bien que ça ait un effet sur l'histoire du hip hop, que ces Chroniques établissent une certaine continuité au niveau historique afin de montrer que malgré la récupération commerciale, le politiquement correct et les mutation technologiques, le hip hop est toujours là. Je ne suis pas un mec qui a fondé le hip hop, on fait du hip hop marseillais sans aucune prétention, ça n'est pas du marketing. Il y a plein de mecs totalement méconnus qui ramènent du frais dans le hip hop, on en a des comme ça à Marseille. Continuez les gars, ne vous arrêtez pas parce que le hip hop est là. Et c'est une belle idée ».
Aux manettes de ce morceau d'histoire, Imhotep l'architecte d'IAM se partageait le travail avec DJ Rebel, DJ Djel, DJ Bomb et le reste du Squad marseillais, avec Faf en réalisateur artistique. Le label Kif Kif était derrière ce monument compilatoire qui connut un succès immédiat, avec des morceaux d'anthologie comme ce « Retour du Shit Squad » devenu un titre historique.
« Aujourd'hui Kif Kif n'existe plus, mais on a eu un disque d'or, et cet album reste dans les mémoires au niveau musical et rapologique dans l'histoire du rap marseillais » se souvient Imhotep en 2006 à la veille de la sortie d'une suite qu'on aura donc attendu huit ans, Chroniques 2 Mars 2.
Pourquoi une aussi longue attente ? Imhotep a ses raisons. « L'idée est venue des deux producteurs exécutifs, Lassad et François alias Kephren d'IAM. Mais ça correspondait à une vieille envie parce que si je m'étais écouté, des Chroniques de Mars, j'en aurais sorti un par an depuis 1998. Mais il y a deux logiques qui s'affrontent, la logique artistique et la logique commerciale. Moi-même, je ne peux pas prédire à quel moment va sortir un projet que j'ai commencé voilà quatre ans au niveau instrumental. Le marché a évolué. La fabrication et la distribution se sont pris une claque. On a mis deux ans entre les premières maquettes et la signature. On était des paysans, encore plus que Kamini à Marly-Gomont avec ses trois vaches dans le clip qui a fait deux millions sur Youtube. Nous, on n'a même pas Myspace ! »
Mais Imhotep a mieux que la technologie : des rues de Marseille pleines de rappers aspirants à la gloire, qui ne cessent de sortir sur mixtapes et compilations de rue des rimes saignantes, drôles, innovantes, techniques ou simplement brillantes. Désormais libéré de la lourde casquette de gestionnaire financier du défunt label Kif Kif, Imhotep alias Tonton se met en quête des nouveaux lyricistes marseillais qu'il veut combiner aux parrains de la rime. Cette fois, il est aux manettes sur toutes les productions, donnant à ses jeunes pousses du bon son à l'ancienne. « Je ne suis pas dans la surenchère technologique, on peut faire un son en 12 pistes qui frappe de la mort. Même avec quatre pistes, ça peut tuer ! Les mecs qui font tout chez eux avec leur ordinateur, je respecte. Mais moi, j'arrive du passé. On est toujours la old school de quelqu'un et la new school d'un autre ».
Les sessions se multiplient au Marabout Studio de Marseille, où sont effectuées les prises de voix. Les sons, eux, viennent tous du studio perso de Tonton. « Je ne peux pas faire défiler tout Marseille dans mon studio, qui est dans mon jardin. Mais quand on est disque d'or, j'invite tout le monde à la maison ! » lance Tonton avec un sourire. À l'écoute de ses rappers, Tonton place ça et là des effets sonores demandés par les artistes. Comme ce son de la boîte à rythme old school remise au goût du jour par Lil Jon, la TR 808, sur le duo Bouga/Cheb Aïssa « Aime-moi ce soir », un single potentiel. « Je n'ai rien contre les modes, et je prends ça comme un défi. Mon premier instru de hip hop, je l'ai fait avec la TR 808 ! Les artistes n'ont pas eu trop le choix des instrumentaux. Parfois je prenais une vieille boucle, je virais tous les arrangements, je créais une nouvelle basse et ça sonnait moderne ». Les jeunes qui sont venus poser en studio n'en étaient pas leur première session. Les artistes présents sur C2M2 ont en effet tous déjà participé à des street albums et des mixtapes, même les plus inconnus du grand public. Comme le résume sobrement Tonton, « le niveau est haut ». L'ambiance des enregistrements est détendue, teintée de respect mutuel. Presque trop. Tonton : « C'était moi qui étais intimidé tellement les mecs étaient respectueux ! Ils me demandaient parfois de rajouter des sons neufs de caisse claire. Moi qui ai eu mon premier sampler en 1988, 18 ans après les gars me disent d'écouter les nouveaux trucs, c'est stimulant ».
Les combinaisons s'enchaînent, les sons et les mots se mêlent avec harmonie. Le vétéran d'IAM, AKH, croise le mic' avec le jeune Mino sur « Emporté par l'élan » (« Peu de mots avec beaucoup d'impact », explique Lassad), la révélation marseillaise et militante alter mondialiste Keny Arkana rencontre L'Algérino sur « Face aux passions », titre d'une étonnante maturité, tandis que l'esprit comique marseillais fait son apparition sur le très galérien « Soirée foirée » de K-Ryme Le Roi, Karkan et Ben. La FF et les Psy4 sont cette fois les grands frères, apparaissant comme les aînés qui tendent le micro à des gloires de quartier en pleine ascension comme Mojo, Tonino, KX Andolini ou La Mèche. Le résultat ? Un album de gros calibre réalisé avec la liberté de ton d'une street tape, l'alliance inespérée de sons qui tuent et de lyrics à la fraîcheur certifiée.
Tonton a la conclusion. « J'aimerais bien que ça ait un effet sur l'histoire du hip hop, que ces Chroniques établissent une certaine continuité au niveau historique afin de montrer que malgré la récupération commerciale, le politiquement correct et les mutation technologiques, le hip hop est toujours là. Je ne suis pas un mec qui a fondé le hip hop, on fait du hip hop marseillais sans aucune prétention, ça n'est pas du marketing. Il y a plein de mecs totalement méconnus qui ramènent du frais dans le hip hop, on en a des comme ça à Marseille. Continuez les gars, ne vous arrêtez pas parce que le hip hop est là. Et c'est une belle idée ».
